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Les dix mines majeures de Bolivie

L'histoire minière de la Bolivie est inséparable de son histoire coloniale et de sa pauvreté persistante. Le Cerro Rico de Potosí est peut-être la montagne la plus conséquente de toute l'histoire du capitalisme : l'argent qui en sortit à partir de 1545 finança l'empire espagnol et inaugura une circulation mondiale du métal qui refit le commerce. Les mines venues dans son sillage produisent encore étain, zinc, or et argent dans des conditions dangereuses.

1. Cerro Rico, Potosí (UNESCO)

La montagne qui mangeait des hommes. Le Cerro Rico est exploité sans interruption depuis 1545. Au plus haut de la période coloniale, Potosí était l'une des plus grandes villes du monde. On estime à huit millions le nombre de travailleurs indigènes — sous le système de la mita — morts dans les galeries et les ateliers de traitement. Aujourd'hui, des coopératives exploitent la montagne avec des moyens largement manuels. Des visites guidées partant de Potosí descendent dans les chantiers actifs.

2. Sanctuaire d'El Tío, Cerro Rico

El Tío est la divinité de la mine — figure cornue à la face rouge installée à l'entrée de presque toutes les galeries. Les mineurs lui offrent coca, tabac, alcool et graisse de lama, en particulier le vendredi pendant la ch'alla. La figure est syncrétique — divinité préhispanique de la terre, mêlée à la démonologie coloniale. Comprendre El Tío est essentiel pour comprendre la Bolivie minière.

3. Pulacayo, département de Potosí

Pulacayo fut au XIXᵉ siècle et au début du XXᵉ l'un des bassins argent-étain les plus productifs de Bolivie ; fermée dans les années 1950. La locomotive Esmeralda du chemin de fer minier aurait servi à Butch Cassidy et au Sundance Kid de véhicule de fuite après un hold-up en 1908. Pulacayo est candidate à la liste indicative UNESCO depuis 2000.

4. San Cristóbal, département de Potosí

L'une des plus grandes mines argent-zinc-plomb du monde, à 4 100 m d'altitude. Exploitée par Sumitomo depuis 2007 à ciel ouvert. Le projet a exigé le déplacement du village entier de San Cristóbal, église et cimetière compris. Pas d'accès public.

5. Llallagua et Catavi, département de Potosí

Llallagua-Catavi fut le cœur de la production d'étain bolivienne sous Simón Patiño, qui en devint l'un des hommes les plus riches du monde. Le massacre de Catavi de décembre 1942 — quand l'armée bolivienne ouvrit le feu sur mineurs en grève et leurs familles — devint un événement clé de l'histoire ouvrière bolivienne et contribua à la révolution de 1952. La mine Siglo XX à Llallagua abrite aujourd'hui un musée patrimonial.

6. Huanuni, département d'Oruro

Huanuni est l'une des dernières grandes mines d'étain de Bolivie, exploitée depuis la renationalisation Morales par COMIBOL. Elle fut en 2006 le théâtre d'un conflit violent entre coopérativistes et mineurs d'État qui fit 16 morts — cas d'école de la politique minière bolivienne.

7. Coro Coro, département de La Paz

Coro Coro est exploitée pour le cuivre depuis 1600 environ et fut, sous la colonie, l'un des principaux producteurs d'Amérique du Sud. Particularité : le cuivre s'y présentait à l'état natif en veines dans le grès, situation rare sur le continent. Activité aujourd'hui résiduelle.

8. San Vicente, département de Potosí

San Vicente est connue pour ses spécimens minéralogiques d'argent, en particulier l'acanthite. Elle est aussi associée à la fin probable de Butch Cassidy et du Sundance Kid en novembre 1908. Actuellement explorée par plusieurs juniors miniers.

9. District aurifère d'Apolo, département de La Paz

Apolo est travaillée depuis la colonie pour l'or alluvionnaire et de filon. Aujourd'hui surtout artisanale. Le district occupe la zone de transition entre altiplano et yungas, difficile d'accès mais géologiquement important.

10. Quetena Chico, département de Potosí

La région de Quetena, en bordure de la Reserva Nacional Eduardo Avaroa, porte des minéralisations cuivre-or exploitées en petit depuis la colonie. Plus connue pour les lagunes Colorada et Verde, elle conserve les petits villages miniers qui prolongent la continuité bolivienne du métier.

Visiter le Cerro Rico

Les visites du Cerro Rico se réservent exclusivement auprès de guides licenciés de Potosí — toute entrée individuelle est interdite et dangereuse. Le circuit passe typiquement par le marché des mineurs (coca, dynamite, alcool pour offrandes), le sanctuaire d'El Tío et des chantiers actifs avec foreurs à main. À 4 000 m d'altitude, la visite est physiquement exigeante. Notre carte interactive répertorie tous les sites mentionnés ici, avec un filtre permettant de distinguer visites actives et anciens carreaux fermés.

Le coût humain

La Bolivie est le seul pays où le tourisme minier ordinaire fait pénétrer les visiteurs dans des chantiers actifs aux côtés de mineurs qui forent à la main dans des conditions interdites dans tout pays de l'OCDE. L'espérance de vie des coopérativistes de Potosí qui commencent avant 20 ans tourne autour de 40 ans, silicose et accidents combinés. Le système coopératif, hérité de la révolution de 1952 et durci par l'ajustement structurel de 1985, fait des mineurs des indépendants techniques, sans employeur responsable, sans retraite, sans équipement fourni. Human Rights Watch et l'UNICEF documentent le travail des enfants. La Defensoría del Pueblo bolivienne réclame depuis des années des réformes. Tout cela ne supprime ni la fascination d'El Tío ni l'étrangeté des paysages souterrains — mais cela change ce qu'on est venu voir. Le Museo de la Moneda de Potosí, ancien hôtel des monnaies colonial, est un complément indispensable pour comprendre l'économie de l'argent que la montagne nourrissait.